Exosquelette en Suisse : une aide précieuse, pas une solution miracle
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En Suisse, les troubles musculo-squelettiques (TMS) et les risques psychosociaux représentent un coût estimé à environ 5 milliards de francs par an pour l'économie. Face à ce constat, l'exosquelette suscite un intérêt grandissant en entreprise. Mais contrairement à une idée reçue, ce n'est pas une solution plug and play que l'on installe une fois pour toutes. Cet article fait le point sur ce que sont réellement les exosquelettes, leurs bénéfices, leurs risques, et surtout, dans quel cadre les utiliser à bon escient.

Le coût des TMS, un problème que les entreprises ne peuvent plus ignorer
En Suisse, les TMS et les risques psychosociaux représentent un coût de l'ordre de 5 milliards de francs par an pour l'économie. Les données spécifiques sur le lien entre exosquelettes et coût des TMS restent toutefois limitées à l'échelle suisse. La France offre un ordre de grandeur utile : le coût annuel y est estimé à environ 2 milliards d'euros, avec 46% des travailleurs qui déclarent des troubles musculosquelettiques, dont 44% touchés spécifiquement au niveau des membres supérieurs.
C'est dans ce contexte que l'exosquelette apparaît comme une piste de solution. Mais avant de l'adopter, encore faut-il comprendre d'où il vient, comment il fonctionne, et surtout ce qu'il ne fait pas.
Un siècle d'histoire au service du geste professionnel
L'exosquelette n'est pas une invention récente. Les premiers dispositifs remontent à la fin du 19e siècle, avec les travaux de l'ingénieur russe Nicholas Yagn, qui conçoit dès 1890 des appareils destinés à faciliter la marche et la course. En 1965, le projet Hardiman, porté par General Electric, tente d'aller plus loin avec un exosquelette pensé pour porter des charges considérables. Le résultat s'avère cependant trop lourd et difficile à contrôler pour un usage réel. Il faudra attendre les années 2000 pour voir apparaître de véritables exosquelettes fonctionnels, développés sous l'impulsion de programmes militaires comme le HULC (Human Universal Load Carrier), conçu pour maximiser le port de charge et l'endurance des soldats. Aujourd'hui, cette technologie s'est démocratisée et allégée pour donner naissance à des exosquelettes légers, ciblés et adaptés à la prévention des TMS en entreprise.
L'ingénieur russe Nicholas Yagn conçoit les premiers dispositifs destinés à faciliter la marche et la course.
Le projet Hardiman de General Electric vise à porter des charges considérables, mais reste trop lourd et incontrôlable.
Les programmes militaires, comme le HULC, font émerger de véritables exosquelettes fonctionnels.
Des exosquelettes légers et ciblés sont adaptés à la prévention des TMS en entreprise.
Deux grandes familles d'exosquelettes : actifs et passifs
Il existe deux grandes catégories d'exosquelettes, aux logiques de fonctionnement très différentes.
Les robots d'assistance physique (RAP), ou exosquelettes actifs
Les RAP intègrent une technologie avancée : moteurs électriques, pneumatiques ou hydrauliques. Leur fonction est d'apporter une énergie externe pour amplifier la force de l'utilisateur. En contrepartie, ce sont des dispositifs plus lourds, plus encombrants, et qui nécessitent une alimentation.
Les dispositifs d'assistance physique (DAP), ou exosquelettes passifs
Les DAP reposent sur des technologies plus simples : ressorts, élastiques, amortisseurs. Leur fonction est de stocker l'énergie du mouvement ou de la gravité pour assister une posture. Leur atout : ils sont légers, autonomes et adaptés aux espaces restreints.
| Critère | Exosquelette actif (RAP) | Exosquelette passif (DAP) |
|---|---|---|
| Technologie | Moteurs électriques, pneumatiques ou hydrauliques | Ressorts, élastiques, amortisseurs |
| Fonction | Apporter une énergie externe pour amplifier la force | Stocker l'énergie du mouvement ou de la gravité pour assister une posture |
| Avantages | Assistance plus puissante, adaptée aux charges lourdes | Léger, autonome, adapté aux espaces restreints |
| Contraintes | Plus lourd, plus encombrant, nécessite une alimentation | Assistance plus modérée, non motorisée |

Des solutions ciblées selon la zone du corps
Au-delà de la distinction entre actif et passif, les exosquelettes se déclinent aussi selon la zone corporelle qu'ils soutiennent.
Cervicales
Pour les postures de tête en l'air prolongées, avec un maintien ciblé de la nuque.
Dos (zone dorsale)
Une assistance aux flexions du tronc pour le milieu du dos.
Épaules et bras
Pour le travail en hauteur ou en avant, afin de soulager la fatigue des membres supérieurs.
Lombaires
Pour protéger la colonne vertébrale et apporter une correction posturale.
Attention à une idée reçue : l'exosquelette ne supprime pas la contrainte, il la déplace
C'est sans doute le point le plus mal compris. On imagine souvent l'exosquelette comme un outil qui supprime le problème. En réalité, il opère un transfert de charge : la contrainte physique ne disparaît pas, elle se déplace. Prenons l'exemple d'un exosquelette dorsal : il diminue effectivement la contrainte au niveau du dos, mais la répercute sur les hanches et les jambes. La contrainte physique reste donc bien présente, simplement ailleurs. Réduire l'activité musculaire locale ne suffit donc pas, à lui seul, à prévenir les TMS. Cette interaction entre l'homme et la machine crée par ailleurs de nouvelles variables d'ajustement, et donc de nouveaux risques à anticiper.
« Un exosquelette ne supprime pas la contrainte physique, il la déplace. »
Les risques à connaître avant d'équiper une équipe
Avant toute implémentation, plusieurs familles de risques méritent d'être anticipées.
Augmentation du stress et de la charge attentionnelle liée à l'apprentissage de nouvelles stratégies gestuelles.
Risques de collision avec des tiers ou des éléments du poste, notamment dans des lieux comme les EMS, auprès de personnes âgées ou fragiles.
Déséquilibres et pertes de contrôle liés à la modification du centre de gravité.
Apparition de nouvelles contraintes biomécaniques dans des zones du corps auparavant peu sollicitées.
Sollicitation cardiovasculaire accrue, liée au poids du dispositif et à la gêne occasionnée.
Inconfort et irritations liés au frottement répété des fixations, notamment lors de tâches très répétitives.
À moyen et long terme, le port régulier d'une assistance physique peut aussi limiter les sollicitations naturelles du corps, et donc réduire sa capacité à s'adapter à certaines charges. On parle alors de déconditionnement musculaire, avec un risque de fonte musculaire localisée ou de perte d'habitude articulaire. L'exosquelette peut également augmenter la charge cognitive : il exige une attention accrue pour s'approprier de nouvelles stratégies gestuelles, et peut fausser les retours sensoriels essentiels aux métiers manuels de précision, comme le retour d'effort ou la sensation de la surface. L'opérateur peut alors perdre certains repères tactiles, avec un effort cognitif supplémentaire pour maintenir la qualité de son travail.
La norme AFNOR NF X35-800 : une méthode d'intégration en 4 étapes
Publiée en 2023, la norme AFNOR NF X35-800 propose une méthodologie rigoureuse pour intégrer un exosquelette en milieu professionnel. Elle se structure en quatre étapes.
Analyse et choix
Identifier le besoin avec un groupe de travail pluridisciplinaire (direction, préventeurs, spécialistes santé au travail, opérateurs). La question clé : tous les principes de prévention ont-ils été explorés avant d'envisager la technologie ?
Sélection du dispositif
Analyse approfondie des facteurs en jeu (efforts, dimensionnement, environnement) pour mettre en adéquation le modèle technique avec les contraintes précises de la tâche.
Test et évaluation
Une phase pilote, indispensable à notre sens, avec des tests sur un groupe restreint pour évaluer l'appropriation et l'impact réel sur l'environnement de travail.
Suivi post-déploiement
Comparaison de la situation initiale avec les résultats à court, moyen et long terme : plaintes, inconfort, absentéisme, changements opérationnels.
Quatre critères pour juger du succès d'une implémentation
- Acceptabilité : le dispositif est-il bien approprié par l'opérateur, facile à utiliser ?
- Performance : la tâche est-elle réalisée avec succès, sans perte de qualité ?
- Stratégie opératoire : l'impact est-il maîtrisé sur le collectif de travail et l'organisation ?
- Sécurité : y a-t-il une absence de risques induits pour l'opérateur et les tiers (collision, équilibre, etc.) ?
Pourquoi l'exosquelette doit rester une solution de dernier recours
La chose la plus importante à retenir : un exosquelette est un outil qu'il convient de maîtriser, et d'implémenter en dernier recours. Dans une situation de travail, la priorité doit toujours aller aux mesures qui agissent directement sur le poste, et non sur l'opérateur. C'est d'ailleurs tout le principe de l'ergonomie : agir sur le travail, pas sur la personne qui l'exécute.
« Le but de l'ergonomie est d'agir sur le travail, pas sur l'opérateur. »
Réduire un risque directement à la source, au niveau du poste de travail, offre une durabilité et un impact bien supérieurs à ceux d'un exosquelette. Une telle solution reste indépendante des aléas liés aux personnes qui occuperont le poste demain, et s'adapte plus facilement à différents profils de collaborateurs. L'exosquelette garde toute son utilité, mais seulement une fois que toutes les autres pistes ont été envisagées, testées et analysées. Il reste une solution de dernier recours, ou réservée à certains métiers très spécifiques, en aucun cas une solution plug and play à déployer sans réflexion préalable.
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Réserver un échange gratuitSources
- Association Française de Normalisation (AFNOR). (2023). Ergonomie – Recommandations ergonomiques pour les dispositifs et robots d'assistance physique (DAP et RAP) à contention (Norme NF X35-800). AFNOR.
- Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS). (2018). Acquisition et intégration d'un exosquelette en entreprise : Guide pour les préventeurs (Brochure ED 6315). INRS.
- MSD Solutions Lab, & National Safety Council. (2024). Exosquelettes au travail : L'avis des utilisateurs (Étude d'impact et de perception). ErgoSanté / Hapo.
- Theurel, J., & Schwartz, M. (2021). Webinaire – Exosquelettes au travail : quels bénéfices ? Quelles limites ? [Vidéo]. Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS).