Ergonomie au bureau

Ergonomie au travail sur écran : aménager un poste de travail ergonomique

Par Louis Le Gouzouguec, ergonome

Le travail sur écran est une exposition professionnelle largement répandue en Suisse. Environ un salarié de bureau sur trois déclare une baisse de performance liée à des symptômes au cours des trois derniers mois.

Ce chiffre illustre le coût réel du manque d'ergonomie mieux que les seuls arrêts maladie, car il intègre le présentéisme, c'est-à-dire la présence au travail avec une efficacité diminuée. Voici les repères pour aménager un poste de travail sur écran.

Poste de travail sur écran ergonomique avec bureau réglable en hauteur et double écran

Chiffres clés pour la Suisse

61 %des actifs suisses perçoivent le travail sur ordinateur, portable ou smartphone comme une contrainte
≈ 30 %des salariés de bureau signalent une limitation de productivité liée à des symptômes sur trois mois
57 %des problèmes de santé liés au travail sont attribuables aux troubles musculo-squelettiques (TMS)
2,5 jd'absence annuelle moyenne avec un trouble musculo-squelettique (TMS), contre 0,5 jour sans
IndicateurDonnéeInterprétation
Travail sur ordinateur, portable ou smartphone perçu comme une contrainte61 % des actifs suissesLe travail sur écran est une exposition professionnelle largement répandue.
Salariés de bureau signalant une limitation de productivité liée à des symptômesEnviron 30 % sur les trois derniers moisLa perte de performance ne se limite pas à l'absentéisme : elle survient aussi lorsque la personne reste au travail.
Problèmes de santé liés au travail attribuables aux troubles musculo-squelettiques (TMS)57 %Les troubles musculo-squelettiques (TMS) constituent la principale catégorie de problèmes de santé liés au travail dans l'analyse suisse du SECO.
Actifs suisses ayant signalé un trouble musculo-squelettique (TMS) au cours des 12 derniers moisPlus d'un cinquièmeL'étude du SECO incluait notamment les douleurs dorsales et les douleurs musculaires.
Part des absences pour raisons de santé expliquée par les troubles musculo-squelettiques (TMS)Environ 11 %Estimation du SECO datant de 2009, à lire comme telle.
Absence annuelle moyenne liée à un problème de santé au travail0,5 jour sans trouble musculo-squelettique (TMS), contre 2,5 jours avecLes troubles musculo-squelettiques (TMS) sont associés à des absences cinq fois plus longues en moyenne.
Baisse moyenne de productivité malgré la présence au travailEnviron 3 % par personne concernéeCe chiffre correspond au présentéisme lié aux douleurs musculo-squelettiques.
Coût annuel estimé des absences professionnelles liées aux troubles musculo-squelettiques (TMS) en SuissePrès de 1 milliard de francsEstimation datant de 2009 : un ordre de grandeur historique, pas un coût actuel.
Coût annuel total estimé des troubles musculo-squelettiques (TMS) pour l'économie suissePlusieurs milliards de francsLes estimations incluent notamment les absences, la perte de productivité, les soins et les prestations sociales.

Sources : Swiss Medical Forum et SECO (analyse des troubles de l'appareil locomoteur). Les estimations datées de 2009 sont présentées comme telles.

Les six paramètres à prendre en compte

Aménager un poste de travail sur écran ne se résume pas au choix d'une chaise. Six paramètres entrent en jeu :

  1. L'agencement de l'espacesurface minimale du poste, espaces de mouvement et axes de circulation
  2. L'orientation des postesposition par rapport aux fenêtres et aux autres postes
  3. La luminositééclairage suffisant et sans reflets sur les écrans
  4. Le bruitniveau sonore compatible avec la concentration
  5. Le mobilierplans de travail, chaises et accessoires
  6. L'adaptation du mobilierréglages propres à chaque personne et formation des utilisateurs

Pourquoi tous ces paramètres ?

L'ergonomie s'intéresse à l'ensemble de l'activité : la personne et son travail forment un système. Chaque paramètre agit donc sur le confort, mais aussi sur la considération que la personne ressent, sur son bien-être, sur le risque d'erreur, sur les interruptions et sur la charge mentale.

Ces effets se répercutent sur la tâche, sur les performances et, au final, sur l'ensemble de l'entreprise.

À retenir

Selon le type de travail, les exigences à respecter sont différentes. Une analyse de l'activité et des besoins est primordiale pour offrir les meilleures conditions de travail.

L'agencement de l'espace de travail

Tout poste de travail doit respecter des règles de surface. L'OLT 3 du SECO donne des repères sur les exigences minimales à satisfaire :

6 m²de surface minimale pour un poste avec écran et équipement minimal, sans rangement
8 à 10 m²pour un poste avec écran comprenant un rangement de proximité, comme une étagère

Les espaces de mouvement

Tous les espaces ne sont pas identiques : une surface conforme peut ne pas offrir les espaces de mouvement dont la personne a besoin. On recommande :

  • Poste assis : 80 cm de largeur sur 100 cm de profondeur.
  • Poste debout : 80 cm de largeur sur 80 cm de profondeur.

Ces espaces évitent un poste trop exigu, avec un impact psychologique et postural sur le collaborateur ou la collaboratrice. L'objectif est que la personne ne prenne pas de postures inconfortables pour s'adapter à la configuration de son poste.

Plan d'un poste de travail sur écran avec surfaces minimales et voies de circulation selon l'OLT 3
Surfaces, espaces de mouvement et circulation : trois repères à intégrer dès la conception.

Les voies de circulation

Les voies de circulation sont essentielles, notamment en cas d'évacuation. Elles doivent être intégrées dès la conception du poste. L'OLT 3 demande :

  • des voies de circulation de 80 cm minimum jusqu'à 5 personnes ;
  • des voies de circulation principales et d'évacuation de 120 cm dès 6 personnes ;
  • un espace fonctionnel de 60 cm entre le poste de travail et les équipements techniques.
Point d'attention

Ignorer ces dimensions augmente le risque de perturbations et de bruit, et oblige les équipes à s'adapter à leur poste. Cela génère de l'inconfort puis, à terme, des pathologies, des erreurs, une productivité ralentie et de l'absentéisme.

L'orientation des postes et la lumière

  • Contact visuel avec l'extérieur : chaque poste doit permettre un contact visuel direct avec l'extérieur. À défaut, il est considéré comme « borgne » et doit suivre des recommandations strictes pour limiter les répercussions sur la santé.
  • Orientation du poste : elle doit être perpendiculaire à la source de lumière extérieure (la fenêtre). Cela limite les reflets dans les écrans et les éblouissements, qui génèrent de la fatigue mentale et visuelle et poussent la personne à adopter des positions contraignantes, source de douleurs.
  • Intensité lumineuse : elle doit être supérieure à 500 lux sur un poste de travail sur écran.

Le bruit

Le bruit a un impact non négligeable sur la concentration, la charge mentale et le stress. Il peut fortement altérer l'activité de travail.

55 dB(A)niveau à ne normalement pas dépasser pour un travail dans des bureaux

Régler son poste de travail, étape par étape

Le réglage se fait en trois temps : la chaise, le bureau, puis les accessoires (clavier, souris, écran et documents). Le point de départ est un bureau réglable électriquement, ou une solution de remplacement décrite plus bas, et une chaise réglable.

La chaise

  1. Hauteur d'assise. Les pieds doivent être bien à plat, avec un peu de poids sous les talons. Si la chaise est trop haute, on la descend. Les talons doivent se trouver sous les genoux, sans hanche trop fermée ni arrière de cuisse comprimé, pour ne pas gêner la circulation sanguine.
  2. Profondeur d'assise. Les fesses doivent être au fond de la chaise, avec trois à quatre doigts d'espace derrière les genoux. Sinon, on réduit la profondeur d'assise : une personne qui n'est pas au fond de la chaise s'avachit, car son bassin n'est pas soutenu.
  3. Inclinaison de l'assise. Elle doit être à peu près horizontale. Trop inclinée vers l'avant, la personne glisse et son bassin s'éloigne du soutien. Trop inclinée vers l'arrière, elle compense et s'avachit.
  4. Dossier. La bosse du dossier doit venir au niveau de la ceinture, pour stabiliser le bassin et donc le reste du corps. Ce n'est pas tout le dos qui doit être en contact avec le siège, mais surtout cette zone.
Réglage de la chaise de bureau : pieds à plat, profondeur d'assise et soutien lombaire
Pieds, assise puis dossier : on règle la chaise avant tout le reste.

Le bureau

Avec un bureau réglable électriquement, on relâche les trapèzes et les bras, puis on monte le bureau de façon que les coudes soient à 90 degrés et les avant-bras très légèrement soutenus, sans poids sous les poignets. On cherche des épaules détendues, des coudes à 90 degrés et des avant-bras à peine appuyés.

  • Bureau trop haut : on sent le bord du bureau au niveau des poignets.
  • Bureau trop bas : le poignet se plie en extension, avec des répercussions possibles sur le canal carpien.

Avec un bureau non réglable, le principe reste le même, mais on rehausse la chaise. On perd alors du soutien au niveau des pieds, que l'on compense avec un repose-pied. Il doit avoir les mêmes propriétés que le sol : plat et stable, avec une surface assez grande pour soutenir tout le pied et pas seulement une partie. Une planche de bois montée sur quatre patins antidérapants peut convenir.

Distance au bureau. Elle doit être d'environ un avant-bras. En pratique, les gens s'installent plutôt trop près : le bassin passe sous le bureau, s'éloigne de son soutien dorsal et la personne glisse dans la chaise. Le dos et les cervicales doivent alors compenser ce manque de stabilité.

Le clavier et la souris

Le clavier se place à 5 à 10 cm du bord du bureau. Les poignets sont posés, mais pas tout l'avant-bras, pour ne pas mettre de poids sur les avant-bras et surcharger les épaules.

Le poste s'adapte à la personne, et non l'inverse.

  • Clavier avec pavé numérique : le standard est d'environ 43 cm de large, utile pour les fonctions comptables, la finance ou un usage intensif d'Excel. Préférer tout de même un clavier plus compact car 43 cm est très large et peut impacter les épaules. Il existe des claviers compacts avec pavé numériques.
  • Clavier sans pavé numérique : plus compact, adapté aux personnes qui utilisent rarement ou occasionnellement les chiffres. Préférer aussi un format compact.
  • Souris : elle doit rester la plus proche possible du clavier, pour éviter d'écarter les épaules (abduction) et de les contraindre.

Les écrans

Un écran principal se place en face de soi, à une distance d'environ un bras. Avec deux écrans, deux configurations sont possibles :

  • Un écran principal (70 à 80 % du temps) : il se place devant, et l'écran secondaire (20 à 30 %) du côté de l'œil dominant, celui que l'on utilise pour viser ou pour regarder dans un appareil photo professionnel.
  • Deux écrans utilisés à parts à peu près égales : la séparation des deux écrans se place devant soi. On perd un peu de vision centrale, mais cette solution reste tout à fait faisable.

Hauteur. Les écrans se placent juste sous le niveau des yeux, à peu près à hauteur du nez, et peuvent être légèrement inclinés, comme pour la lecture. Cela facilite le champ visuel et limite la fatigue visuelle.

Position des écrans en double écran, à hauteur du nez et à distance d'un bras
Écran en face, à un bras de distance, juste sous le niveau des yeux.

Les documents papier

Tout dépend de l'usage : les documents sont-ils lus, écrits, ou les deux en alternance ?

  • Lecture seule : on les place entre le clavier et l'écran principal, juste en face. Pour les incliner, on peut utiliser un gros classeur à grosse reliure ou un porte-documents, à condition qu'il ne soit pas trop haut, sinon il force à rehausser l'écran.
  • Écriture : certains porte-documents ont une sorte de tiroir qui vient au-dessus du clavier et facilite l'écriture.
  • Sans porte-documents : si la personne écrit d'une main et utilise la souris de l'autre, on place les documents du côté de la main qui écrit, collés au clavier. Si c'est la même main, on peut utiliser les documents comme tapis de souris, sur un socle dur et lourd, comme un bloc-notes, pour éviter les feuilles volantes. C'est pratique pour la prise de notes.
Clavier à 5 à 10 cm du bord du bureau, souris proche et porte-documents incliné
Clavier, souris et documents : tout reste à portée, sans écarter les épaules.

Le mobilier

L'OLT 3 fixe plusieurs exigences pour les plans de travail :

  • une surface minimale de plan de travail de 120 cm de largeur sur 80 cm de profondeur pour le travail sur écran ;
  • des plans de travail mats ou satinés, pour limiter l'éblouissement lié aux surfaces.

Mon retour d'expérience de terrain

  • Hauteur des bureaux électriques : certains descendent jusqu'à 65 cm, voire 64 cm ou moins, d'autres pas en dessous de 70 ou 72 cm. Ces derniers peuvent poser problème selon la morphologie. Il est difficile de fixer une hauteur minimale : une personne grande peut avoir de longs bras, donc un bureau plutôt bas.
  • Avant l'achat : il convient de s'interroger sur la population concernée. Par sécurité, on peut choisir des bureaux qui descendent à 65 cm ou moins, pour une solution durable et adaptable au plus grand nombre.
  • Ordre des réglages : la hauteur de bureau se détermine une fois la chaise réglée, pas avant.
  • Double écran : aujourd'hui omniprésent, il demande probablement des plans de travail plus grands, en profondeur comme en largeur.

Avant tout achat de matériel, faites évaluer vos besoins

Un professionnel peut cerner les besoins et les points d'attention, et chaque achat doit être testé en situation réelle. À défaut, on s'expose à des achats inutiles, avec une répercussion financière importante, un problème non résolu et une perte de confiance des collaborateurs et collaboratrices envers leur hiérarchie.

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Nous reviendrons plus en détail sur certains aspects de cet article dans des articles dédiés.

Sources : OLT 3, articles 15, 22, 23 et 24 ; Swiss Medical Forum ; SECO, analyse des troubles de l'appareil locomoteur.